5 choses à savoir sur les chakras

Promesses d’une vie épanouie lorsqu’ils sont équilibrés, causes de mal-être s’ils sont fermés, réservoirs de potentialités à explorer… Au cours des dernières décennies, ils ont été largement propagés, interprétés, analysés. Aujourd’hui, rares sont ceux qui n’en ont jamais entendu parler. Mais sont-ils vraiment ce que l’on croit ? Petit tour d’horizon des chakras.


1. Chakra ne se prononce pas chakra

Mais “tchakra”.
चक्र : voici le mot en devanagari, l’écriture utilisée pour noter le sanskrit. Le च (ca) se prononce « tcha » comme dans « atchoum ». Mais plus vite les mauvaises habitudes sont prises, plus lentes elles sont à changer : j’ai encore du mal à le prononcer correctement de manière spontanée !

Le terme désigne en sanskrit la roue d’un char, et par extension tout objet circulaire : le disque solaire, un tour de potier ou encore une période de temps cyclique. Les yogins ont repris ce terme pour désigner les nexus énergétiques du corps humain, qu’ils percevaient comme animés d’un mouvement circulaire. On situe les chakras aux points de confluence des nâdîs principales : les nâdîs (littéralement des tubes, des conduits) sont des lignes énergétiques qui parcourent le corps humain, l’animant des souffles vitaux qu’elles transportent.


2. Les chakras ne sont pas nés avec le yoga

Ce que nous appelons “yoga” est né vers 500 avant notre ère dans le nord de l’Inde (bien que certains des éléments qui le composent soient plus anciens, et que le yoga se transformera considérablement selon les lieux et les époques). Les chakras se sont quant à eux développés au sein de la tradition tantrique, plus d’un millénaire après la naissance du yoga.

Certes, certains des chakras tantriques coïncident avec des points déjà connus antérieurement : les points marmas de l’Ayurveda, ou les âdhâras, les « fondations » sur lesquelles le yogin fixe son mental pendant la méditation. Dans le commentaire des Yoga Sûtra (le Yoga Bhâshya, vers le 4e-5es de notre ère), on recommande ainsi de méditer sur le chakra de l’ombilic et sur le lotus du cœur (mais aussi la pointe du nez, le bout de la langue ou tout autre objet externe, au choix du pratiquant). Les nâdis aussi étaient connues depuis belle lurette. L’ancienne Brihadâranyaka Upanishad mentionne 72.000 canaux émanant du cœur ; la Katha Upanishad (3e s avant notre ère) compte 101 artères, dont l’une monte vers le sommet du crâne.

Mais ce sont les tantriques, ces “hyper-ritualistes”, qui développeront véritablement la physiologie yogique, pour le bien de leurs rites. Aux environs du 8e s, un Tantra nommé Brahmayâmala décrit 9 lotus (padma) étagés le long de l’axe central du corps : à ces endroits, le pratiquant effectue un rite appelé nyâsa. Il s’agit d’imposer dans le corps humain des divinités sous la forme de leur mantra. Concrètement, le pratiquant touche la partie du corps concernée de sa main droite placée dans un geste particulier (une mûdra), en récitant le mantra adéquat. Il inscrit ainsi la divinité dans sa chair, transformant son corps humain en corps divin : il est prêt pour la suite du rituel. Certains de ces lotus sont, à d’autres endroits du texte, nommés chakras.


3. Il n’y a pas forcément 7 chakras

Aujourd’hui, le système des 7 chakras étagés de la base de la colonne vertébrale au sommet du crâne est souvent présenté comme une évidence, une vérité unique et incontestable. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. À l’origine, chaque tradition tantrique a son propre système de chakras : il existe des systèmes à 4, 5, 6, 7, 9, 12, 21 chakras, et bien d’autres encore, et ces chakras sont disposés de diverses manières dans le corps humain. Il y a par exemple un chakra situé à la base du palais, que l’on présente rarement aujourd’hui. Toutefois, les différentes traditions s’accordent généralement sur l’emplacement de 4 chakras principaux : ceux du nombril, du cœur, de la gorge et de la tête.

Le système que nous employons actuellement dans notre pratique du yoga est aperçu pour le première fois au 10e s, dans le traité d’une secte tantrique de la main gauche vénérant la déesse Kubjikâ (« la courbée », un des premiers noms de la future déesse serpentine Kundalinî). Il présente 6 chakras :

  • (Mûl)âdhâra au périnée,
  • Svâdhishthâna aux organes génitaux,
  • Mânipûra(ka) au nombril,
  • Anahata au cœur,
  • Vishuddhi (ou Vishuddha) à la gorge,
  • Âjñâ entre les sourcils.
Peinture sur papier, Punjab Hills, vers 1850

On leur adjoindra postérieurement un 7e chakra (Sahasrara). C’est ce système qui se généralisera, adopté par de nombreuses traditions. Au 16e s, il est prédominant en Inde.


4. Les chakras n’existent pas

…Ou du moins, pas comme on le croit. Si différents systèmes de chakras peuvent coexister, c’est parce que les chakras ne sont pas des entités figées qui existeraient invariablement chez tout être vivant. Il n’y a pas de dogme en matière de chakras : leur nombre et leur emplacement varient selon les traditions, et parfois même au sein d’un même texte, selon les besoins de la pratique.

Pour qu’un adepte tantrique puisse pratiquer ses rites, il doit se construire un corps particulier en visualisant de manière très précise un certain schéma corporel, prescrit par les gourous de sa tradition. Il ne pratique pas les rituels avec son corps ordinaire, fait de chair, mais avec un corps construit, invisible aux yeux profanes, ressenti avec les yeux de l’esprit : un corps que l’on qualifie souvent de « corps subtil », bien que cette expression soit trompeuse. Stricto sensu, le corps subtil désigne en sanskrit autre chose : c’est la partie de nous qui transmigre, de corps en corps, au fil des renaissances, et non cette structure corporelle interne visualisée par le yogin tantrique. Au lieu de “corps subtil”, le spécialiste du Tantra André Padoux préfère parler de corps “yogique” ou “imaginal”.

Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que les chakras ne constituent pas un système figé, car c’est un corps que l’imagination doit créer. Originellement, les chakras ne sont pas des « organes mystiques », empiriques, que l’on trouverait tels quels chez tout humain, mais des grilles de visualisation guidant le pratiquant dans la création de son corps yogique. Ainsi, lorsque les textes anciens mentionnent les chakras, il ne faut pas lire ces passages comme les descriptions d’un système existant, mais comme les consignes données pour un corps à créer.


5. “équilibrer ses chakras” est une préoccupation moderne

En 1918, un juge britannique à la Cour de Calcutta (Sir John Woodroffe de son vrai nom) publie sous le nom de plume d’Arthur Avalon  la traduction anglaise d’un texte tantrique du 16e s. Dans son ouvrage, il décrit les 6 chakras étagés le long de la colonne vertébrale, traversés par une énergie serpentine appelée Kundalinî. Bien qu’originellement destiné à un lectorat indien, The Serpent Power, “La puissance du Serpent”, connait un grand succès en Occident. D’abord dans les milieux académiques, puis en dehors : avec cet ouvrage, les chakras entrent dans le domaine public.

Comme le yoga en son temps, les chakras s’adaptent à leur nouvel environnement : les Occidentaux interprètent les chakras avec leur biais culturels et leurs connaissances scientifiques. En un mot, ils y mettent leur grain de sel. Une synthèse s’établit entre la théorie indienne ancienne et la vision du monde occidentale : la théosophie, très en vogue à l’époque, mais aussi la psychologie et l’anatomie. On croit percevoir dans les chakras des organes ou des glandes du corps physique. Ainsi, ces dernières années, certains historiens se sont attelés à démystifier les célèbres chakras, en démêlant, non pas le vrai du faux, mais la tradition originelle des interprétations postérieures. Il en est ainsi des états psychologiques associés aux différents chakras.

Peut-être avez-vous déjà entendu dire que le chakra Racine gouverne le sentiment de sécurité ou que celui du nombril concerne l’estime de soi. Qu’un chakra de la gorge équilibré fait de vous un orateur hors pair ou qu’un troisième œil bien ouvert vous rend très intuitif. Ces considérations d’ordre psychologique ne sont pas traditionnelles : ce sont des interprétations modernes. (Ce qui ne remet pas en cause leur validité : j’en suis moi-même adepte et j’ai écrit un petit guide sur le sujet).

Il y a pourtant un texte ancien, daté du 13e s, le Sangîtarâtnâkara (« Océan de musique et de danse »), qui associe chacun des pétales de chaque lotus (cela fait beaucoup) à une qualité particulière, positive ou négative : modestie, cruauté, équanimité, fierté, cupidité… Situer son âme dans l’un de ces pétales génère l’état émotionnel correspondant. Mais hormis ce texte destiné aux yogins musiciens, c’est au 20e s que l’on doit les interprétations psychologiques des chakras (notamment à Carl Jung, qui se basait lui-même sur les ouvrages d’Arthur Avalon).

Leurs noms vernaculaires, c’est-à-dire non-sanskrits (chakra racine, sacré, etc.), ainsi que leurs associations thérapeutiques ou symboliques avec les minéraux, les couleurs de l’arc-en-ciel (du rouge de Muladhara au violet de Sahasrara) ou les postures de yoga sont également des interprétations relativement récentes. 


Ancienne ou récente, réelle ou imaginée, la théorie des chakras est en tous cas une formidable opportunité de travailler sur soi.

Pour en savoir plus les chakras

11 réflexions sur “5 choses à savoir sur les chakras”

  1. Très intéressant article qui présente bien la vision ouverte et adaptée à chacun de”vivre ses Chakras” comme une liberté et non comme un dogme ou encore un but à atteindre…
    Gratitude pour cette approche douce…, ouverte et libre,

    Synchronicité! Ce matin j’ai regardé cette vidéo où là encore est proposée une vision simple des chakras…
    https://youtu.be/3I3URCuBXEg

      1. En ce qui concerne vishudda, j’ai appris quelque part qu’il y a un deuxième chakra plus petit, situé à l’arrière du cou.
        À vérifier…

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