Pas de café à l’ashram

Au début de l’été, j’ai décidé de passer quelques temps dans un ashram. Le souvenir de mon séjour à Neyyar Dam, en Inde, il y a quelques années était encore bien présent, et je me réjouissais de retrouver cette atmosphère particulière.

Sac au dos, tente sous le bras, me voilà arrivée à l’ashram Sivananda, au sud d’Orléans.


L’ashram : « venir pratiquer »

Le terme sanskrit ashram est composé des mots a, “venir”, et shram, “s’exercer”, “pratiquer une ascèse physique et mentale”. Il est défini aujourd’hui comme un lieu où vit un ensemble de personnes rassemblées autour d’un maître pour y suivre son enseignement.

Il s’agit donc d’un lieu de vie communautaire dédié au développement spirituel. Le bâtiment, construit en dur, se situe souvent au cœur de la nature, dans un lieu retiré propice et favorable. Il comporte généralement des chambres ou un dortoir, une cuisine, une salle-à-manger, un hall de méditation, une bibliothèque, une salle de cours, un temple et un potager.


À quoi ressemble une journée dans un ashram ?

La vie à l’ashram est rythmée selon un programme précis, établi par le maître. Si le programme varie en fonction des ashrams, tous ont en commun l’importance de la ponctualité : l’horaire est respecté à la lettre.

Là-bas, à l’ashram Sivananda, la journée débute à 5h30. Le réveil se fait au son de la voix d’un volontaire, déambulant dans le parc en agitant une clochette. Après une brève toilette, nous nous rassemblons pour méditer. La pratique dure entre 25 et 35 minutes, et se poursuit par des chants dévotionnels, souvent joyeux et entraînants.

Un mot ici sur la présence de la religion à l’ashram, qui a fait pousser de hauts cris à certaines personnes non averties sur un site de voyage bien connu. Les chants sont des invocations aux gurus et divinités hindoues, et l’on participe parfois au puja, rituel d’offrandes. Il faut se souvenir qu’en Inde, religion et spiritualité sont intrinsèquement liées. L’ashram reflète cet aspect des choses, avec assiduité mais sans prosélytisme. L’ashram n’est pas une secte: chacun est libre de partir à tout instant et personne ne vous forcera à vous convertir à l’hindouisme. Alors oui, on ne comprend pas forcément les paroles des chants ni les divinités que l’on invoque: dans ce cas, le plus sage est d’aborder les chants avec enthousiasme et simplicité, et d’observer leurs effets…

À 8h commence la première séance de yoga de la journée. Les deux heures de cours suivent une logique et un rythme immuables: exercices de respiration, salutations au soleil, enchaînement des douze postures de base ou de leurs variations, relaxation finale.
Le petit-déjeuner est servi à 10h tapantes : le repas se présente sous la forme d’un buffet lacto-végétarien, avec options végétaliennes. Ici, ni viande, ni œuf. Ni ail, ni oignon. Ni café, ni alcool. Dans un savant mélange entre cuisine française et indienne, les repas sont sains, copieux et ayurvédiques. À 11h, chacun vaque à son karma yoga, ou “service désintéressé”. Jardinage, cuisine ou nettoyage, une tâche nous a été assignée au début de notre séjour. Choisie ou imposée, cette tâche fait partie intégrante de la vie en ashram. À midi, un cours est dispensé sur un aspect de la philosophie du yoga: pratique de la méditation, objectifs des postures,… L’après-midi se poursuit avec une période de temps libre (généralement occupée par une sieste ou une promenade). Nous nous retrouvons à 16h pour la deuxième séance de yoga quotidienne, suivie à 18h par le repas du soir. À 20h débute le satsang, une conférence sur un sujet philosophique ou spirituel. 22h30, extinction des feux, le silence se fait… jusqu’à la clochette du lendemain matin, sonnant le début d’une nouvelle journée, réplique exacte de la précédente.



Qui vit à l’ashram ?

L’ashram rassemble tous types de personnes, réunies avec une même intention. On y reste, en moyenne, entre une journée et toute une vie…

Il y a les résidents de passage, qui y séjournent pour une période déterminée dans le but de s’immerger temporairement dans la pratique. Et il y a les résidents permanents, qui décident de rester à l’ashram pour y suivre l’enseignement du maître. Ceux qu’on appelle les « ashramites » sont d’abord des élèves. S’ils décident de se consacrer pleinement à la vie de l’ashram, ils font vœu de pauvreté et de célibat : ils deviennent alors des brahmacharis, ce qu’on pourrait assimiler à des « apprentis moines laïques ». Ils peuvent s’engager de manière plus importante en prenant le sannyasa (signifiant littéralement « tout abandonner »). Lorsqu’ils enseignent, ils deviennent des swamis, reconnaissables à leur vêtement orange.

S’il n’y a qu’un seul guru, il peut donc y avoir plusieurs swamis dans un même ashram.


Pourquoi séjourner dans un ashram ?

Traditionnellement, il s’agit de se rassembler autour d’un maître pour y suivre son enseignement et atteindre la Libération, but de la pratique.

On observe dans l’ashram le même phénomène que dans le yoga en général. Avec sa montée en popularité, les motivations premières se sont diversifiées : recherche de bien-être, coupure du quotidien, retour à l’essentiel, dépaysement, ressourcement, familiarisation avec un rythme de pratique que l’on aimerait instaurer dans sa vie…

Pour ma part, mes motivations étaient diverses. Je sentais que ma pratique personnelle s’essoufflait. Ayant découvert le yoga dans un centre Sivananda, séjourner dans cet ashram avait presque valeur de pèlerinage : il s’agissait de retrouver l’esprit et l’enthousiasme du débutant, parfois négligés en cours de route. Dans un ashram, le yoga est vivant, et c’est revigorant.

Cet essoufflement dans ma pratique, je le retrouvais aussi dans mon travail, signe qu’il était temps de prendre des vacances. Séjourner dans un ashram permet de s’adonner activement au repos : de vraies vacances, dans le sens d’otium, « disponibilité à soi-même ». Pas de menus à prévoir, d’activités à planifier, de courses à effectuer, de journées à occuper : ici, je me suis laissée porter par un mouvement qui a commencé bien avant mon arrivée, et qui se poursuivra longtemps après mon départ. Pour moi qui travaille de manière indépendante et peux organiser mes journées à ma guise, pour nous qui vivons dans une société où tout est disponible, c’est étrange à dire, mais c’est reposant de ne pas devoir choisir.

« Vaquez, c’est-à-dire libérez-vous des peines inutiles qui fatiguent le corps et l’esprit ». Pétrarque

L’ashram offre un repos libre de responsabilités, qui n’est ni inutile ni inactif. Un de ceux qui permettent de se dépouiller des soucis inutiles pour se rendre disponible à des activités qui comptent pour nous.

Pas de café à l’ashram, mais un nouveau souffle.


Cela fait un mois que mon amoureux est venu me chercher sur le quai de la gare. Un mois que j’avais l’intention de raconter ces vacances particulières. Le temps a filé, et voilà seulement que cet article paraît! L’absence de photos s’explique par l’absence d’appareil photo. Et par la volonté, malgré ce long article, de ne pas trop en dévoiler. 


Pour en savoir plus sur les ashrams et/ou orienter votre choix, je vous conseille cet ouvrage de Yael Bloch. Clair et fascinant!


PS: Si vous pensez séjourner bientôt en ashramie, n’oubliez pas d’emporter :
1. Des tongs, au risque de devoir défaire et refaire vos lacets 25 fois par jour.
2. Un coussin de méditation.

6 réflexions sur “Pas de café à l’ashram”

  1. Merci pour cet article tout à fait intéressant ! Ce retrouver dans un lieu dédié, avec de nouvelles personnes pour entretenir sa pratique et la maintenir vivante est bien une nécessité que je découvre. Tour comme les Achram. Merci 🙏🏻
    Fabrice

  2. Très beau témoignage de ce que peut être une retraite de plusieurs jours en ashram… Quelle qu’en soit l’appeiche, c’est en effet un temps pour ralentir, ne rien “faire” (malgre qu’on soit bien occupé:-) merci

  3. ation même que n,oius puisons force

    Merci Clémentine de nous ramener à un essentiel avec vos mots toujours simples et authentiques : nous n’existons que dans la relation à l’autre. Bien conçue et loin de nous disperser, cette relation participe de notre enrichissement.
    L’autre peut tout aussi bien nous appauvrir que nous éveiller, tout est question de discernement.
    J’ai bien aimé la prise de conscience de l’essoufflement de votre pratique. C’est dans la conscience de nos faiblesses que nous pouvons croitre. En tous les cas, c’est ainsi que je grandi.

    1. Oui! Je me rends compte que j’ai finalement peu abordé cet aspect des choses dans l’article, mais c’est là l’essentiel de l’ashram: se retrouver en communauté dans un cadre qui dépasse le cours de yoga, pratiquer avec d’autres, observer, échanger nos impressions, apprendre. Tout ça est stimulant!

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