7 choses que vous ignoriez peut-être sur le Yoga Sutra

Allez savoir pourquoi, le mois d’avril semble toujours propice à la lecture du Yoga Sutra. Ce blog me rappelle qu’il y a environ un an je m’interrogeais sur son auteur; l’article du jour est consacré à l’ouvrage. Voici 7 informations et autres secrets de fabrication, glanés çà et là!


1. Le Yoga Sutra ne s’est pas toujours appelé Yoga Sutra

Lorsqu’on parle du Yoga Sutra (ou des « Yoga Sutrani », au pluriel), le yogi d’aujourd’hui sait immédiatement à quel ouvrage on se réfère. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.
Dans certaines éditions, le best-seller des yogis porte encore son titre ancien : sripatanjala samkhyapravacana yogasastra, « enseignement du yoga, exposition du samkhya du vénérable Patanjali ». De quoi rendre nos discussions sur les fondations du yoga un brin plus complexes !

NB : Si ce titre à rallonge est plus ancien que celui que nous connaissons, il n’est pas forcément l’original non plus…


2. Le terme Sutra se réfère à un genre littéraire

En sanskrit, sutra est un nom d’instrument dérivé de la racine siv-, coudre. Le sutra est donc ce qui sert à coudre, c’est-à-dire le fil : on pensera ici au français « suture » ou à l’anglais « to sew ». Par extension, le sutra est le fil conducteur de l’exposé.

Tout comme le plus célèbre Kama Sutra, le Yoga Sutra est un recueil d’aphorismes. Le genre « sutra » consiste à dire, dans un style quasi télégraphique, le maximum par le minimum : le Yoga Sutra réussit l’exploit de nous expliquer ce qu’est le yoga en employant, en tout et pour tout, 4 verbes !


3. Cette créature mi-homme mi-serpent représentée sur certaines éditions, c’est Patanjali lui-même

Diverses légendes sont associées à cette curieuse représentation, dont voici la version la plus courte : en tant que yogi, Patanjali ne voulait tuer ni blesser aucune créature, si minuscule fût-elle. Il obtint alors du dieu Shiva d’être changé en serpent, pour ne pas courir le risque d’écraser un insecte avec son pied.


4. Nous ne savons pas grand chose sur l’auteur du Yoga Sutra

Si l’origine mythique de Patanjali est bien établie, son origine historique est mystérieuse. Nulle part dans le Yoga Sutra l’auteur ne se présente ni ne mentionne son nom. Et dans le commentaire ancien qui fait autorité, le Yoga Bhyasa de Vyasa, le nom de Patanjali est certes évoqué (une seule fois), mais plutôt comme une autorité extérieure au texte commenté.

C’est une tradition postérieure qui fait de Patanjali l’auteur du traité : son nom comme auteur du Yoga Sutra apparaît pour la première fois au 10e s de notre ère, soit près d’un millénaire après la rédaction de l’ouvrage. « C’est donc plus par commodité que par connaissance que nous avons conservé ce nom traditionnel », conclut Michel Angot.

Un Patanjali yogi a-t-il même existé ?


5. Le Yoga Sutra n’est pas le traité fondateur du yoga

Si son traité est aujourd’hui le texte de référence de nombre d’écoles et professeurs, Patanjali n’a pas inventé le yoga. Le yoga était né aux abords du Gange quelques siècles auparavant.

Par contre, Patanjali l’a systématisé : puisant dans un symposium de diverses pratiques, Patanjali a compilé et codifié ce qu’est le yoga ainsi que le chemin pour y parvenir. Son œuvre a contribué à transformer une somme d’expériences individuelles en un système qui a pu parvenir jusqu’à nous : en d’autres termes, Patanjali a posé des balises.

Plutôt qu’un texte destiné à propager massivement le yoga (il aurait alors été rédigé dans une langue plus populaire que le sanskrit), le Yoga Sutra fut sans doute conçu comme un aide-mémoire pour guider les maîtres dans la transmission du yoga, par nature initiatique.


6. Au total, une dizaine de mots sont consacrés aux asanas

« La posture est ferme et agréable » est sans doute l’un des sutras les plus souvent cités. Cet aphorisme fait partie des 3 sutras (sur 195) consacrés à l’asana (toujours au singulier). Le Yoga Sutra n’est décidément pas un manuel de postures : il est plutôt un traité de « contemplation », décrivant une pratique mentale (le sutra I.2, « le yoga est l’arrêt des fluctuations du mental », se situe d’ailleurs sur le podium des sutras les plus célèbres!)

II.46 sthira sukham asanam
La posture est ferme et agréable (c’est la définition de l’asana)
II.47 prayatna saithilya ananta samapattibhyam
Combinant à la fois un effort intelligent et décontracté, et la méditation sur Ananta (c’est la méthode pour parvenir à l’asana)
II.48 tatvo dvamdvanabhighatah
En conséquence, il n’y a plus de perturbation consécutive aux couples d’opposés (ce sont les fruits de l’asana)

Des postures plus complexes, non-assises (qui sont devenues synonymes de la pratique du yoga aujourd’hui), se développeront et feront l’objet de traités quelques siècles plus tard.


7. Le Yoga Sutra n’a pas toujours été le texte iconique que l’on connaît

Rédigé aux alentours du début de notre ère, le Yoga Sutra connait une période de gloire entre 700 et 1200 : il est alors abondamment copié, commenté, et même traduit ! C’est en effet à l’érudit persan Al-Biruni que nous devons la toute première traduction du Yoga Sutra, en arabe, aux alentours de l’an 1000. Mais au 13e s, le Yoga Sutra amorce son déclin pour tomber dans l’oubli. Il est éclipsé par le Yoga Vasistha, qui devient le manuscrit sur le yoga le plus souvent retranscrit en Inde.

C’est en 1823 qu’un fonctionnaire britannique du nom de Thomas Colebrooke lui rend ses lettres de noblesse en le présentant, en anglais, à l’Occident. Il faudra attendre plusieurs décennies, les écrits de Vivekananda et une quarantaine de traductions pour que le Yoga Sutra devienne l’ouvrage iconique qu’il est aujourd’hui, tant à l’Est qu’à l’Ouest…

Pour notre plus grand bonheur!


Sources
Le Yoga Sutra de Patanjali, le Yoga Bhyasa de Vyasa: édition, traduction et présentation de Michel Angot

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