Les écureuils de Jaipur sont heureux le mardi

À Jaipur la Rose, capitale du Rajasthan, les rues sont bien occupées. Les singes courent sur les toits et les vaches dorment sur les routes. Les pachydermes déambulent aux côtés des dromadaires et les hommes s’affairent. Au milieu de toute cette agitation, des écureuils font discrètement leurs provisions. J’en suis gaga. Ils sont certes moins flamboyants que leurs homologues français, mais ils n’ont rien à leur envier : trois majestueuses bandes blanches ornent leur pelage grisonnant. Savez-vous pourquoi ?

La construction du pont

L’histoire commence avec le désespoir de Rama. Un démon nommé Ravana a enlevé sa douce Sita et la maintient prisonnière en son royaume, l’île de Lanka. Aucune négociation n’est possible avec ce terrifiant démon : si Rama veut revoir sa bien-aimée, il doit prendre les armes. Il lui faut rassembler son armée de singes et d’ours et aborder Lanka. Mais le propre d’une île est d’être protégée par l’Océan… Comment son armée pourrait-elle franchir l’infranchissable ?

En construisant un pont immense, pardi ! Pas une minute à perdre: sous la direction de Nala, fils de l’architecte divin, tous se mettent à l’ouvrage. Les singes transportent des rochers immenses, les ours charrient des troncs gigantesques. Au milieu de ce fracas, un petit écureuil se roule dans le sable puis vient s’ébrouer entre les gros rochers. Infatigable, il répète l’opération des dizaines, des centaines des fois. « Prends garde, tu finiras écrasé sous nos rochers ! », se moquent les singes, soulignant son effort dérisoire. Mais ce que les singes ignorent, c’est que le sable transporté patiemment par l’écureuil sert de mortier pour cimenter leurs rochers. Sans lui, le pont s’écroulerait.

Cinq jours plus tard, l’œuvre titanesque est achevée. Les singes sautent d’allégresse, les ours grommellent de satisfaction, et l’armée tout entière traverse l’Océan. Pas à pas, Rama se rapproche de Sita. En signe de reconnaissance pour son travail, le grand Rama donne une tape amicale dans le dos du petit animal. Depuis ce jour, les écureuils indiens portent trois lignes plus claires sur leur fourrure, souvenir de la trace des doigts de Rama.

Aujourd’hui, dans le nord de l’Inde, c’est jour de fête. On célèbre la victoire de Rama sur le démon aux dix têtes: c’est le jour où Rama retrouve Sita, et où la Terre est débarrassée d’une créature maléfique. On l’appelle Dussehra: ce soir, le ciel de Jaipur sera illuminé des flammes consumant les innombrables effigies de Ravana (certaines font plus de 20 mètres de haut). Ce burning man traditionnel symbolise la victoire du bien contre le mal.

La morale de cette histoire ? La voici : pour combattre ce qui cause du tort, la solution est peut-être de construire des ponts.


Si vous avez le bonheur de croiser un écureuil, souvenez-vous de cette histoire. Quelle que soit l’ampleur de notre ambition, il n’y a jamais de petites actions. Telle est la part de l’écureuil (de l’autre côté du globe, on l’attribue au colibri). Sur ces bonnes paroles, je vais pratiquer quelques postures, en m’attardant en demi-pont pour l’occasion (à défaut d’une posture de l’écureuil). Bonjour de Jaipur !


14 réflexions sur “Les écureuils de Jaipur sont heureux le mardi”

  1. Oooh, quelle jolie “légende” :-) ! Merci de ce partage en direct from l’Incredible India xD !
    Chaque petit geste compte, et chacun son sien de chemin tant qu’il se fait en conscience et en toute bienveillance envers soi-même et les autres :-)

    Signée : une petite colibri … m’enfin, petit écureuil me convient aussi ;-)

  2. Amusant je le connaissais sous le nom d écureuil de Corée 🤔🤔 et étrangement les écureuils vus à Séoul n étaient pas cette espèce 😂😂.
    Très chouette légende. Merci du partage 🙏

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