À quoi sert une mālā ?

Voilà que je l’apprends : le mot est féminin en sanskrit. On devrait donc dire une mālā, mais la règle veut que les mots étrangers intégrant le français soient par défaut masculins (qui tient lieu de neutre). Ce qui est fâcheux, car il existe en sanskrit un mala masculin, qui désigne la crasse et les excréments. Mais trêve de linguistique : à quoi sert donc ce collier de perles prisé des yogis et yoginis ?

Le terme sanskrit mālā désigne la guirlande, qui a deux fonctions principales : elle peut être une offrande ou un support de méditation. En tant qu’offrande, la mālā est une guirlande de fleurs, placée sur une statue dévotionnelle, offerte à un maitre spirituel en signe de respect ou à un invité en geste d’accueil. En tant que support de méditation, la mālā est un collier de perles, un rosaire servant à tenir le compte des respirations ou des mantras.

Faire le compte des mantras

Les mantras peuvent être récités à voix haute, murmurés ou répétés mentalement. C’est une pratique nommée japa yoga : japa signifie « fait de marmonner ». Généralement, les mantras sont récités par cycle de 108 fois, un nombre hautement symbolique pour les Indiens (les longs mantras se récitent quant à eux par cycles de 3, 11 ou 13 fois)… On pourrait donc facilement perdre le compte !

C’est ici que la mālā intervient. Le terme désigne à la fois une suite de mantras et l’accessoire rituel employé pour les compter. Il s’agit d’un collier, souvent de 108 perles (+ une perle plus grosse que les autres, la perle Guru ou Meru), équivalent du chapelet ou du rosaire.

La mālā peut être fabriqué avec différents types de perles, qui génèrent différentes énergies. Il paraît que certains dévots de sectes tantriques obscures utilisaient des dents humaines… Mais généralement, il s’agit de perles rudraksha, graines d’un arbre indien. Dans l’hindouisme, celles-ci sont liées au dieu Shiva, à la chaleur et à l’énergie du Feu, et aideraient à éveiller la Kundalini. Elles seront peut-être trop ardentes pour certains tempéraments, qui préféreront le bois de santal, relaxant pour le mental et pour le coeur. Le bois de santal est associé à Vishnu et ses avatars, Rāma et Krishna. Pour les divinités féminines, on recommande le cristal de roche, apaisant et clarifiant. Enfin, il existe des mālās en pierres semi-précieuses aux qualités diverses.

Aussi jolie soit-elle, la mālā n’est pas un accessoire de mode : bien qu’on puisse la porter pour se protéger dans certaines situations, ce n’est pas un objet que l’on expose aux regards. Elle est traditionnellement rangée dans une pochette en tissu portée autour du cou ou à l’avant-bras. 

La mālā en pratique

Égrenez entre le pouce et le majeur droits une perle à chaque récitation du mantra. Commencez par la perle située à côté de la perle Guru. Après un cycle de 108 récitations, au lieu «d’enjamber» la perle Guru, repartez dans l’autre direction, 108 fois, et ainsi de suite. Avec le temps et la pratique, la mālā s’imprégnera des propriétés du mantra avec lequel il est employé : il est alors recommandé d’associer un seul mantra à un collier particulier, qu’on utilisera plusieurs années.

En l’absence de collier, un bout de ficelle avec 108 noeuds fera l’affaire. Vous pouvez aussi procéder avec 108 petites pierres, ou encore compter les mantras du bout du pouce sur vos phalanges. Accrochez-vous pour la technique. Comptez avec le pouce, de haut en bas et de l’auriculaire au majeur : les phalanges de la main droite pour compter 12 mantras, celles de la gauche pour compter 1 cycle de 12. L’arrivée au bout du majeur gauche indique donc 9 tours… soit 108 répétitions !

Une yogini assise en méditation devant sa hutte, une mālā à la main. Sa posture est maintenue par la bande de tissu qui lui ceint les genoux et le bas du dos : c’est le yogapatta, ancêtre de notre sangle de yoga. Détail, Gouache et rehauts d’or sur papier, Inde, Murshidabad, vers 1760. Image: Sotheby’s, 2008

Combien de tours de mālā faut-il effectuer ?

Selon les textes anciens, plus on récite un mantra, plus il est efficace : chaque récitation génère une énergie supplémentaire, qui renforce l’énergie déjà accumulée. Le mantra agit en effet par imprégnation : un mantra prononcé une fois n’aura aucun effet, tandis qu’un mantra répété mille fois par jour entraînerait, progressivement, une véritable transformation de l’individu… Certains textes recommandent de le réciter un nombre étourdissant de fois (125 000), à plusieurs reprises dans la journée. Les maîtres modernes sont plus modérés : 20 à 30 minutes de pratique quotidienne seraient suffisantes et nécessaires pour ressentir les bienfaits d’un mantra.

Le volume sonore n’a pas d’importance : qu’il soit murmuré, déclamé ou même pensé, le principal est de prononcer le mantra distinctement et sans précipitation. À vos mālās !

9 réflexions sur “À quoi sert une mālā ?”

  1. La répétition des mantras nous les fait percevoir différemment au fur et à mesure des récitations, au départ tout est obscur et progressivement on s’aperçoit que chaque son, chaque mot s’éclaircit d’une signification particulière. Le message s’ordonne.
    Merci Clémentine

  2. Bonjour,
    Je souhaite m’abonner à votre newsletter sous ma nouvelle adresse, avant de supprimer la précédente que je vais supprimer. Je ne trouve pas où le faire, sauf à passer par ce commentaire.
    Merci pour votre aide
    Michelle

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