Samadhi

Samadhi. Un mot entouré d’un halo de mystère, qui laisse rêveur et perplexe. Le but et la conséquence de toute pratique selon le yoga classique… Un objectif qu’il est facile de perdre de vue tellement il paraît flou et lointain !

Heureusement, ceux qui ont expérimenté samadhi (en ce domaine, beaucoup d’appelés, peu d’élus) nous ont livré certaines informations. Voyons donc ce qu’ils en disent, car pour continuer à avancer dans la bonne direction, il est bon de connaître sa destination.


Samadhi, c’est un état. Dans le yoga classique présenté par Patanjali, il est la 8e et dernière branche du yoga. Après avoir appris à respecter certaines règles de conduite, à pratiquer des postures de manière stable,  à contrôler son souffle vital et à rétracter ses sens, le yogi entre dans un processus de yoga « interne ».

Samyama

Les trois dernières branches du yoga sont regroupées sous le nom de samyama, qu’on pourrait traduire par  intégration :
– Dharana, la concentration
– Dhyana, la méditation
– Et le fameux samadhi

Le samyama implique de fixer sa pensée sur un objet ou une idée. Pour passer de la concentration à la méditation, puis de la méditation au samadhi, le yogi ne doit recourir à aucune nouvelle technique. Il s’agit d’un processus continu : la distinction entre ces 3 étapes n’est pas une différence de nature, mais d’intensité.


Comment donc reconnaître samadhi ?

On peut parler de samadhi lorsqu’il y a absorption : la méditation est si profonde que le sujet méditant et l’objet de méditation ne sont plus distincts l’un de l’autre. « Celui qui médite » et « ce qu’il médite » ne font plus qu’un. Le mental reflète parfaitement l’objet de méditation, sans que ce dernier ne soit déformé par notre perception individuelle, nos émotions, nos souvenirs ou nos conditionnements. L’objet est perçu dans sa vraie nature par notre vraie nature : nous perdons momentanément notre identité personnelle pour nous trouver dans un état de plénitude non-différenciée. En ce sens, samadhi est un état de lucidité extrême de l’âme… Le souffle est retenu, le mental ne fonctionne plus, l’esprit est dissous dans la conscience universelle. C’est l’Union avec un grand U !

Imperturbable, le yogi en samadhi ne connaît ni chaud ni froid, ni douleur ni plaisir. Alors que la méditation peut être interrompue si les sens sont attirés par un stimulus externe, le samadhi est un état invulnérable.

Nombreuses sont les descriptions de yogis qui suspendent leur souffle et les battements de leur cœur, tout absorbés qu’ils sont dans leur samadhi ! En quelque sorte, ils font l’expérience de la mort… On dit d’ailleurs d’un yogi qui rend son dernier souffle qu’il est « entré en samadhi » ; contrairement à la coutume, on ne brûle pas son corps (on ne sait jamais, qu’il déciderait de suspendre son samadhi). Il est enterré dans la posture du Lotus, et son tombeau, qui porte lui-même le nom de samadhi, devient souvent lieu de pèlerinage.

Lorsque le yogi suspend les effets du samadhi pour reprendre le cours de sa vie, on dit de lui qu’il est jivan-mukta, un « libéré-vivant ». Son âme est délivrée de toute souffrance et de toute dépendance, et surtout du cycle des renaissances… Mais comme le tour de potier continue de tourner un certain temps après que le pot est achevé, il reste au yogi un résidu karmique à consommer avant d’expérimenter le « mahasamadhi », le grand samadhi, c’est-à-dire la mort du corps physique. Entre-temps, il se fera peut-être gourou, arpentant la terre à la recherche d’un disciple digne d’être initié au secret de la Libération !


Le samadhi, c’est l’absorption complète, la concentration parfaite. Un mot fut inventé par Mircea Eliade pour tenter de décrire l’indescriptible : enstase. Contrairement à l’extase chamanique ou chrétienne, le yogi en samadhi ne sort pas de son corps. Il s’intériorise à l’extrême pour se fondre dans l’Absolu. Précisons que l’état de samadhi comporte plusieurs stades et degrés d’intensité, et qu’il existe différentes sortes de samadhi, selon la nature ou l’absence de l’objet médité. Mais ça, ce sera pour une autre fois.


Pour en savoir plus
Yoga-Sutra de Patanjali, traduit et commenté par Frans Moors
Clefs pour le yoga, Tara Michaël
Le yoga et la tradition hindoue, Jean Varenne
Hatha Yoga Pradipika, Chapitre IV

Illustration: Vanja Vukelić

20 réflexions sur “Samadhi”

  1. Merci pour cette découverte, c’est une notion dont je n’avais jamais entendu parlé. Probablement parce que je pratique le yoga pour la souplesse et l’apaique cela m’apporte avec le livre de Van Lisbeth et maintenant grâce aux conseils trouvés sur votre site.