Le Yogi qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Tao a 98 ans et tient encore sur les mains. Kazim a 96 ans et il en parait 50. Bette a enseigné le yoga jusqu’à l’âge de 87 ans. Tous trois mettent le secret de leur extraordinaire vitalité sur le compte du… yoga? Oui, c’est bien ça.
Le phénomène n’est pas nouveau: en 1288 déjà, Marco Polo ramenait dans ses bagages la rumeur selon laquelle les yogis indiens pouvaient vivre jusqu’à l’âge de 200 ans. Et aujourd’hui, la science semble valider la rumeur: pratiquer le yoga pourrait bien ralentir votre horloge biologique. Voici pourquoi.

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I. Vieillir selon le yoga…

Un yogi mesure la durée d’une vie non pas en nombre d’années, mais en nombre de respirations. Selon certaines traditions du yoga, nous disposons à la naissance d’un capital énergétique nommé  Amrita ou Soma: il s’agit d’une certaine quantité de liquide situé au niveau de la fontanelle. Chaque fois que nous respirons, ce liquide s’écoule inexorablement, goutte à goutte, pour venir se consumer au niveau du torse. Notre vie s’achève quand ce précieux liquide est épuisé.


A yogi measures the span of life by the number of breaths, not by the number of years -Swami Sivananda


Le yoga pour freiner la perte d’Amrita?

De ce fait, les yogis accordent une attention toute particulière à la respiration. Respirer vite et mal accélère la perte d’Amrita et gâche ce « capital respiration » qui nous a été octroyé à la naissance. À l’inverse, respirer lentement et consciencieusement, c’est vivre longtemps. Le pranayama occupe donc une place de choix dans la pratique du yoga.
Cela explique aussi pourquoi les yogis se mettent volontiers la tête à l’envers: inverser sa posture équivaudrait à freiner cet écoulement du Soma, et pour un instant, arrêter le cours du temps…

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Si l’on pratique l’attitude inversée durant trois heures chaque jour, l’on ne mourra point -Yogatatva Upanisad. 


Dérouler son tapis de jouvence

Pratiquer le yoga, c’est aussi accroître son énergie vitale (le prana, dans le jargon). N’en déplaise aux adeptes du « Gym Yoga », le but recherché  en yoga n’est pas de dépenser son énergie ou de brûler ses calories. Le but est au contraire d’accroître ou de contenir son potentiel énergétique, son prana.

Observez un yogi pratiquer ses asanas : geste mesuré, tempérance dans l’effort, pas d’agitation superflue. Un yogi emploie l’énergie nécessaire pour atteindre l’objectif fixé, ni plus ni moins.

Faire du yoga, c’est freiner la perte d’Amrita et contenir son prana. Bien. Qu’en pense la science?


II. Vieillir selon la science…

En termes scientifiques, on ne mesure pas la quantité d’Amrita : on préfère mesurer la longueur des télomères. Les télomères sont des morceaux d’ADN situés à l’extrémité de chaque chromosome, qui permettent de préserver l’intégrité de l’ADN lors du processus de réplication. Ces télomères se raccourcissent à chaque division cellulaire, jusqu’à atteindre une taille critique. Les cellules stoppent alors leur division: on dit qu’elles entrent en sénéscence. On peut voir dans ce processus une sorte d’horloge moléculaire, qui provoque le vieillissement de l’organisme et prédit l’apparition de maladies liées à l’âge. Plus un télomère est long, plus la durée de vie de la cellule est grande: cette corrélation a valu à ses découvreurs le Prix Nobel de médecine en 2009.

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Selon les scientifiques, mesurer la longueur des télomères est une manière beaucoup plus efficace de déterminer l’âge biologique d’une personne que de comptabiliser ses anniversaires.

Le yoga pour conserver de longs télomères?

Or, il est potentiellement possible d’agir sur la longueur des télomères, et donc sur le processus de vieillissement. En effet, certains facteurs sont reconnus comme des « raccourcisseurs de télomères » : stress psychologique, alimentation inadaptée, inflammation chronique…

Une promesse de jeunesse éternelle, il n’en fallait pas plus pour que les scientifiques se mettent au travail et conduisent des études sur le sujet. La plus fameuse d’entre elles est celle menée par le Dr Ornish (« Le conseiller santé de Bill Clinton? », me demande mon amoureux; « Celui-là même », lui réponds-je):

  • Durant 5 ans, 10 hommes ont suivi un programme agissant sur leur style de vie: alimentation végétale, techniques de relaxation, et surtout 1 heure de yoga quotidienne, 6 jours/7.
  • 24 autres hommes n’ont rien changé à leur style de vie, constituant un groupe contrôle.

3 mois après le début de l’étude, les niveaux de télomérase (cette enzyme qui permet de maintenir la longueur des télomères) avaient augmenté de 30% dans le premier groupe. Une tendance confirmée par les résultats à long terme: « après 5 ans, les longueurs relatives de télomère ont augmenté » dans le premier groupe et « diminué dans le groupe de contrôle », notent les auteurs de l’étude qui relèvent là une différence significative. Cependant, compte tenu du faible nombre d’individus concernés par l’étude, les auteurs se bornent à relever une « association » entre mode de vie et longueur de télomères mais pas une nécessaire relation de cause à effet…
Affaire à suivre!

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Votre  âge yogique correspond-t-il à votre âge biologique? Quoi qu’il en soit de tout ceci, il est bien connu que les sages n’ont pas d’âge…


 Pour en savoir plus

Quel âge yogique avez-vous?
Association of Leukocyte Telomere Length with Oxidative Stress in Yoga Practitioners

Effect of comprehensive lifestyle changes on telomerase activity and telomere length

 

12 commentaires sur “Le Yogi qui ne voulait pas fêter son anniversaire

  1. Merci Clémentine,
    Prendre de l’âge m’a souvent préoccupé mais beaucoup moins maintenant. Je pratique assidûment les 5 tibétains et quelques asanas depuis plusieurs années. À l’aube de mes 58 ans je me sens plus jeune qu’à 48 ou même 38 ans! Je suis en meilleure forme, j’ai plus d’énergie et surtout je goûte de plus en plus au pouvoir incroyable d’être dans l’instant présent. Si c’est ça vieillir j’ai bien hâte à mes 68 et àmes 88 ans !!!

  2. Salut Clémentine,

    Le yoga réconcilie avec le temps qui passe.
    Quand j’avais 20 ans – 30 ans, j’étais angoissée à l’idée de vieillir.
    Maintenant, j’en ai 38. Bon d’accord, ce n’est pas vieux mais ce n’est quand même plus le même état d’esprit qu’à 20- 25. Et le yoga m’a permis d’acquérir certaines « qualités » qui me manquaient cruellement pour me sentir bien et qui font que j’aborde aujourd’hui la quarantaine avec contentement. Je suis plus épanouie maintenant qu’à 20 ans et je suis fière et heureuse d’annoncer « bientôt 40 ans ». Je me rends compte que le temps n’est pas un ennemi mais même plutôt un allié précieux, indispensable, sans lequel l’évolution n’est pas possible.
    Si le temps qui passe permet de continuer à développer tout ce que le yoga peut apporter, alors vivement la soixantaine :-)

    1. Merci Eve-Anne pour ton commentaire! Je suis justement tombée sur une phrase de Van Lysebeth : « Pour le yogi, accomplir la perfection physique et mentale exige tant d’années qu’il considère indispensable de vivre longtemps »… Voilà donc notre mission ;) Bisous!

  3. OMG ce que j’aime ton blog! Je ne commente jamais mais là, je me suis dit qu’il était temps. J’adore tes articles, on y apprends toujours pleins de choses. Et j’aime la petite touche « médicale » que tu instilles.
    Chaque article est une petite pépite de bonheur. Merci beaucoup!

  4. Merci Clementine pour cet article. Je vais m’en servir notamment pour le partager aupres de parents qui ont deja decide que « c’est trop tard » pour ca… Vraiment l’impression qu’au contraire, le yoga permet d’apporter des choses a tous les ages !

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