Pourquoi certains yogis ne mangent ni ail ni oignon

En décembre dernier, j’ai passé deux semaines dans un centre de yoga en Inde. Quelques jours avant mon arrivée, je reçois un courrier des “choses à savoir avant de venir” et autres recommandations d’usage. Au sein de l’ashram, il sera proscrit de consommer drogues, tabac, alcool, produits animaux, caféine. Et, parmi cette liste de choses évidentes, quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître les deux mots suivants: AIL et OIGNON.


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Vraiment? Est-il interdit de mettre un pied dans l’ashram avec une gousse d’ail dans ses valises?

Pour comprendre pourquoi certains yogis font l’impasse sur ces deux aliments pourtant si prisés dans la cuisine indienne, un peu de théorie s’impose.

On le sait, ce que vous mettez dans votre assiette peut avoir un impact considérable sur votre pratique sportive et spirituelle. En yoga, cet impact va au-delà de l’aspect “santé” des aliments.

Les vertus de l’ail, de l’oignon, des champignons ou du cacao sur la santé physique d’un individu ne sont plus à démontrer. Or, ces aliments n’ont pas toujours bonne presse au sein de la communauté yogi. Et vous allez bientôt comprendre pourquoi.

Les yogis considèrent qu’un aliment peut influencer votre énergie de trois manières différentes. Votre façon de vous comporter et de réagir à certaines situations est influencée par l’équilibre entre ces trois éléments…

C’est la théorie des 3 gunas

Ainsi, un aliment peut être…

TAMASIQUE RAJASIQUE Sattvique

Tamas, c’est l’inertie, la lourdeur, la confusion, la lenteur.

Rajas, c’est l’ambition, le dynamisme, le mouvement.

Sattva, c’est l’équilibre, l’harmonie, la clarté.

Tamas, c’est la couleur noire et une flèche pointée vers le bas.

Rajas, c’est la couleur rouge et deux flèches horizontales.

Sattva, c’est la couleur blanche et une flèche pointée vers le haut.

Trop d’aliments tamasiques dans votre assiette, c’est la paresse, l’envie de rien, l’apathie, la volonté de rester seul à ne rien faire hormis manger et dormir, le besoin de sommeil démesuré.

Trop d’aliments rajasiques dans votre assiette, c’est l’agitation constante, l’impatience, une tonne de projets en cours et de choses à faire, toujours un coup de fil à passer ou un mail à envoyer, le sommeil agité, la frustration liée au besoin d’en avoir toujours plus, l’esprit sans repos.

Des aliments sattviques dans votre assiette, il n’y en aura jamais trop. C’est l’esprit clair et concentré, paisible, fonctionnant au maximum de ses capacités, et le corps en bonne santé.

Les yogis trop tamasiques ne peuvent méditer car ils s’endorment dès qu’ils ferment les yeux.

Les yogis trop rajasiques ne peuvent méditer car leur esprit est trop agité

Les yogis sattviques sont en bon chemin vers la méditation.

Les oignons sont tamasiques

Un véritable yogi serait capable de reconnaître d’instinct à quel guna appartient un aliment. En attendant d’acquérir les années de méditation et de pratique spirituelle nécessaires, on peut suivre ces règles simples pour tenter de s’y retrouver.


TAMAS

Pour les reconnaître : nourriture qui sent fort, voire qui pue.

Quelques exemples :

Alcool, aliments fermentés, ail*, champignons, crustacés, gorgonzola, oignons*, poireaux, viande,…

Mais aussi : crème glacée, noix de macadamia, tahini…


RajAS

Pour les reconnaître : nourriture extrême en goût  et stimulante, qu’elle soit sucrée, salée ou pimentée.

Quelques exemples :

Cacao, café, chili, chocolat, citrons, dattes, gingembre, pickles…

Mais aussi : ananas, aubergines, avocats, betteraves, cacahuètes salées, olives, miso, pois-chiches…


Sattva

Pour les reconnaître : nourriture goûteuse mais pas trop épicée, la plupart des plats vegans et produits non transformés.

Pour résumer, ce sont :

Céréales complètes, fruits et légumes frais, noix et graines.

*NB : Dans les communautés d’initiés, la classification de certains aliments fait débat. L’ail et l’oignon en font partie: ils sont tantôt considérés comme stimulants et donc rajasiques, tantôt pesants et donc tamasiques. Pour certains yogis, ils seraient donc à éviter dans tous les cas.


Et ce n’est pas tout…

Il n’ y a pas que les aliments qui comptent: il y a aussi la façon de les consommer.

Ainsi, manger tard le soir, de grosses portions, réchauffer ou congeler de la nourriture peut transformer n’importe quel aliment sattvique en aliment tamasique. Manger avec précipitation aura un effet rajasique. Certains yogis pointilleux refuseront donc de réchauffer un bol de soupe ou manger les restes du repas précédent.

Et si l’alimentation joue un rôle primordial dans l’équilibre de ces trois gunas, le mode de vie est aussi à prendre en compte : vivre dans la campagne profonde sera plus tamasique, en plein cœur de Paris plus rajasique.

Vous vous dites peut-être : vais-je devoir choisir entre mon tapis de yoga et ma tablette de chocolat ? Bien sûr que non ! Le but n’est pas de se nourrir exclusivement d’aliments sattviques. Rassurez-vous, le chocolat (noir), les dattes ou les champignons peuvent faire très bon ménage avec votre pratique du yoga. Vous avez besoin d’aliments rajasiques pour stimuler votre créativité et votre envie de passer à l’action, et d’aliments tamasiques pour accroître votre stabilité.

Mais ce besoin est modéré, et donc votre consommation d’aliments tamasiques et rajasiques également, quitte à équilibrer ces deux extrêmes en les combinant : champignons au piment de Cayenne, par exemple.

Avez-vous compris pourquoi certains yogis ne veulent ni ail ni oignon dans leur assiette ? Pourquoi la majorité des yogis sont végéta*iens ? Pourquoi il existe un véritable régime alimentaire yogi ?




Et parce qu’un gramme de pratique vaut mieux qu’une tonne de théorie, voici un petit test : un même aliment de base, trois préparations différentes, trois gunas différents…

qui est qui

 


La durée de vie et la fertilité d’une abeille sont déterminées par l’alimentation qu’on lui donne pendant son développement : pollen ou gelée royale. Quelle alimentation choisirez-vous pour votre développement spirituel ?


 

Pour en savoir plus :

Liste d’aliments sattviques

Liste d’aliments tamasiques

Liste d’aliments rajasiques

Petit bonus…

(Seulement si vous avez réussi le test : le cidre est tamasique, le chutney bien épicé est rajasique, et la pomme mûre, bio et qui de préférence n’a pas passé une semaine au frigo, est sattvique).

Certaines des vertus « santé »de l’ail:

L’ail est un puissant antiseptique, anti-inflammatoire, anti-cholestérol, prébiotique. Il aiderait le processus de digestion, permettrait de réduire les risques de maladies cardio-vasculaires et de cancer de l’estomac, du côlon et du rectum.

8 commentaires sur “Pourquoi certains yogis ne mangent ni ail ni oignon

  1. Au final, tout est une question d’équilibre… A adapter (of course) selon les besoins de chacun. Nul ne peut juger ou prétendre à comprendre les choix individuels ;-)
    Ton article est génial et très bien écrit !
    Bonne continuation & à bientôt :)

    1. L’équilibre, c’est la santé :-) Effectivement, certaines personnes auront besoin d’aliments plus tamasiques à certaines périodes de leur vie, certains caractères nécessiteront plus d’aliments rajasiques… L’individu est un équilibre à lui seul! En attendant, on aurait tort de se priver d’ail et d’oignon!

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